Oh secours, c'est l'heure des devoirs !

Officiellement, l’Education Nationale interdit les devoirs écrits à l’école élémentaire, seuls les devoirs à l’oral sont autorisés. Mais dans la majorité des écoles, les devoirs écrits et oraux sont donnés dès le CP. Leur durée varie de 10 min au CP à une heure en CM2. Et qu’elles soient pour ou contre les devoirs à la maison, les familles sont obligées d’y faire face.

Tous les soirs, c’est la même chose, Sarah va chercher ses enfants à l’école et sur le trajet elle est déjà en train d’anticiper le déroulement de la soirée : goûter-devoirs-douche-dîner-coucher. Tout doit être bouclé à 20h30. A peine le goûter avalé, c’est l’injonction : « allez, ON va faire les devoirs » !

Dans la famille Bisounours, les enfants se mettent au travail en souriant dans leurs chambres, viennent réciter leurs leçons parfaitement sues au bout de 30 minutes puis vous aident à la cuisine et plient leur linge…bien sûr. Mais dans certaines familles, tout le monde s’énerve…puis regrette et se promet que tout sera différent le lendemain.

 

Les devoirs cristallisent de nombreux enjeux. Ils renvoient les parents au souvenir de leurs propres difficultés scolaires, à leur culpabilité de ne pas être suffisamment présents, au « poids de la lignée », à leur crainte que l’enfant n’ait de place dans ce monde en crise s’il n’est pas bon élève …

Beaucoup de parents  finissent par ne plus voir leur enfant au présent et dans sa globalité, ne se demandent plus s’il a des amis, des centres d’intérêt variés, s’il se sent heureux.

Bien définir les rôles

Certains conflits sont issus de l’ambivalence et la mauvaise définition des rôles et fonctions dans la relation triangulaire « enfant-enseignant-parent ».

L’ENSEIGNANT est l’appreneur. Il n’a pas de relation affective avec l’enfant mais une exigence bienveillante et compréhensive. Il a les connaissances et la pédagogie pour enseigner. Il sécurise l’environnement pour ses élèves, organise les apprentissages en fonction d’eux tout en tenant compte des directives, stimule leur appétence à apprendre.

La relation enseignant/parents est importante. Elle permet d’exprimer et de comprendre les difficultés éventuelles rencontrées par la famille : horaires de travail compliqués, famille nombreuses avec peu de place à la maison pour s’isoler, parents non francophones ou ayant eu une scolarité courte ou douloureuse etc…

Il est parfois difficile de comprendre ce qu’attend l’enseignant dans les devoirs qu’il donne. La consigne peut être ambigüe pour l’enfant et sa famille : « apprendre les mots de la liste » qu’est-ce que cela signifie :  savoir les écrire par cœur sous dictée ? Les relire, les écrire, connaître leurs définitions ?

Si les devoirs ne sont pas obligatoires, l’enfant qui ne les fait pas peut être stigmatisé ou dépassé et angoissé. Il ne faut pas hésiter à rencontrer l’enseignant pour savoir exactement ce qu’on attend les uns des autres.

Sa relation avec l’élève est professionnellement empathique : il connaît ses élèves et s’adapte aux difficultés rencontrées tout en étant exigeant car son objectif est de les faire progresser.

Mais l’enseignant peut subir des pressions : pressions professionnelle et/ou pression des parents (« comment ça tu n’as pas devoirs, mais on n’est pas en vacances là ! »).

L’ELEVE est l’apprenant. Même s’il a des compétences, il doit d’abord accepter de ne pas savoir. Il a ses propres responsabilités et ses devoirs d’élève : prendre soin de ses fournitures, écouter les consignes, respecter son enseignant et les autres élèves…et les devoirs du soir en font partie.

A la maison, il n’est plus l’élève mais votre enfant. Autrement dit, vous n’êtes pas son professeur… (en dehors de périodes de confinement qui ont bouleversé et multiplié les fonctions parentales !). Que ceux qui ont tenté d’expliquer la division à leur enfant lèvent le doigt 😉

Si nous partons du postulat, maintenant bien assimilé (non ? Lisez l’article « où est ma place? ») que l’enfant n’est pas un adulte miniature, cela nous éclaire sur ses besoins et les difficultés qu’il peut rencontrer à ce moment-là.

  • Sa perception empathique des besoins et des contraintes de ses parents n’est pas possible
  • Sa perception du temps est différente
  • La compréhension et la gestion de ses émotions est immature
  • La construction de sa pensée est en plein développement (par exemple la compréhension cause/ conséquence).

De plus, pour apprendre l’enfant a besoin de sens, « je ne comprends pas à quoi ça sert », de méthode, « je ne sais pas comment m’y prendre » et de confiance en soi, « j’ai besoin d’être rassuré pour me prouver que je peux y arriver ».

Le PARENT est un guide. La relation pédagogique des parents est aujourd’hui survalorisée au détriment de la relation affective. Et pourtant…il soutient son enfant sans ses apprentissages, cherche à renforcer son estime de soi, le fait progresser en autonomie et responsabilité, montre le lien entre apprentissages scolaires et le concret, transmet des valeurs, se soucie de ses ressentis et de toutes ses réussites. Que de défis !

Comment soutenir son enfant ?

Le soir et parfois le week-end, tout est chronométré : l’heure du bain, du goûter, du dîner, des courses, des activités extrascolaires etc… la durée des devoirs entre dans ses obligations, contraintes parentales auxquelles doit se soumettre l’enfant. Oui mais… l’enfant n’a pas la conscience de nos contraintes et de leurs durées. Cela s’inscrit dans une journée durant laquelle l’enfant aussi subit des contraintes inhérentes à l’école : écouter, rester assis, produire ce qu’on lui demande. Là encore, la notion de l’esprit de l’autre entre en jeu.

Le parent qui a conscience de toutes ces contraintes comprendra mieux le ressenti de son enfant. 

Pour une majorité de parents, la réussite scolaire est directement liée à la réussite professionnelle. Ils survalorisent le parcours scolaire de leurs enfants, en oubliant que la réussite d’une vie n’est pas uniquement la réussite professionnelle. Mais aujourd’hui, il faut performer !  Cela crée une anxiété qui rejaillit directement sur l’enfant. Nos angoisses de parents ne devraient pas être celles de nos enfants. Attention, cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas partager certains sentiments, bien au contraire. Car partager avec ses enfants ses propres ressentis (fatigue, énervement), c’est lui permettre de partager avec nous ce qu’il ressent également.

 

L’enfant doit « apprendre à apprendre ». Et pour cela il doit apprendre à se connaître pour trouver les outils qui lui correspondent le mieux. VOS outils ne LUI sont pas forcément adaptés!

Le rôle du parent est de l’accompagner dans la mise en place de ce moment de contraintes, en tenant compte de ses préférences.

Par exemple :

  • trouver le lieu dans lequel l’enfant sera au calme, lieu qui lui appartient (si possible), sa chambre ou un bureau : pas au milieu de la maison, salon ou cuisine car les devoirs ne sont pas ceux de la famille.
  • créer une ambiance qui plaira à l’enfant, dans laquelle il se sentira plus serein : musique, coussins, etc…
  • permettre à l’enfant de choisir sa posture. Il n’est pas obligé d’être assis sur sa chaise devant son bureau. Il peut s’allonger sur son lit, travailler à plat ventre au sol.
  • Oraliser (raconter sa leçon à son doudou), mimer, marcher : bouger est une technique d’apprentissage très efficace pour apprendre !

Une exigence bienveillante

Le regard parental est le miroir de réussites mais aussi de ses difficultés. Même s’il est difficile pour nous de supporter ses lacunes et de prendre du recul face à ses difficultés, que lui renvoyons-nous lorsque nous utilisons des mots qui blessent ? « Je ne suis pas une note » disait Julien à son père.  Sur nos lieux de travail les mots « tu ne comprends rien, tu ne fais aucun effort, je ne peux pas te faire confiance, mais tu es bête ou quoi ? » seraient considéré comme de la maltraitance…                

Un enfant que l’on houspille en permanence, au motif qu’il ne se « concentre pas »  devient progressivement incapable de se représenter en situation de réussite et n’en retire aucun apprentissage. Il retient juste que travailler est une douleur et qu’il est inefficient. 

Constater la réussite de l’enfant et lui remettre en mains sans émettre de jugement de valeur. L’enfant se sent fier à travers l’effet miroir du parent.  « J’ai noté la façon dont tu t’organisais, bravo ! ». On peut souligner ses efforts «Tu peux être fier de toi, tu as bien travaillé !» sera plus porteur que « je suis fier de toi » car l’enfant doit comprendre qu’il travaille pour son accomplissement et non pour celui de ses parents... Attention aussi aux comparaisons avec les frères et sœurs ou avec les copains de classe, « tu as fait de ton mieux » est différent de » tu es le meilleur » (comparaison) qui n’aide l’enfant ni à s’accepter lui-même ni à comprendre les différences.

Être dans une exigence bienveillante en expliquant à son enfant que l’erreur est nécessaire. Accompagner son enfant ne signifie pas ne pas avoir d’exigences…car on connaît bien nos loustic ! Utiliser une exigence adaptée et bienveillante est bien plus compliquée qu’il n’y paraît : que peut vraiment cet enfant ? Sommes-nous en deçà ou au-dessus dans nos demandes ? Est-ce adapté ou est-ce la projection de ce que j’aimerais qu’il soit capable de faire ?

On peut également inscrire les difficultés dans le temps « Pour le moment tu n’y arrives pas ». On peut interroger l’enfant sur ses procédés car il a besoin de comprendre ses erreurs pour y remédier, « que penses-tu faire pour mieux réussir la prochaine fois ? ». Vous pourriez être surpris de la maturité de leurs réponses.

Montrer à nos enfants que nous avons confiance en eux leur permet de gagner en estime de soi. « Quoi qu’il arrive, je t’aime et j’ai confiance en toi », « je sais que tu peux trouver des solutions ».

Comment l’aider à devenir plus autonome face à son travail ?

Cette citation indique simplement que nos enfants, comme les adultes, mettent en place des processus lorsqu’ils apprennent par eux-mêmes. Et ces processus intégrés sont un formidable atout pour l’avenir.

Alors, sauriez-vous lâcher prise et faire confiance à votre enfant, le rendre responsable de ses devoirs ?

Question : 

QUI ouvre le cahier de texte ?

Un grand nombre de parent s’arroge la responsabilité des devoirs scolaires, pour ne pas dire des résultats. Le « ON va travailler » en est bien le reflet. C’est l’inversion du poids de la charge !

Il sait faire à la maison mais plus à l’école ? En dépossédant l’enfant de sa responsabilité, on crée un engrenage négatif et un déficit en autonomie intellectuelle.

Par exemple, si le parent corrige ou explique la leçon, l’enfant n’écoutera pas la correction à l’école ou ne sera pas attentif à la leçon du jour en se disant que les parents expliqueront  le soir venu… 

« Je ne comprends pas, Sacha connaît sa leçon mais face aux évaluations, il ne sait plus… »

Comment peut-il faire puisqu’à ce moment-là personne ne peut l’assister ou reformuler les consignes ? 

Si votre enfant refuse de faire ses devoirs, laissez-le assumer cette responsabilité tout en lui expliquant bien la vôtre « je fais mon devoir de parent en t’incitant à faire ton travail et en me mettant à ta disposition si tu as besoin d’aide, ce n’est pas moi l’élève, c’est toi. ». Vous pouvez tout à fait collaborer avec l’enseignant dans cette optique et suggérer d’écrire dans son cahier de liaison « j’ai fait mon devoir de parent mais Chloé a refusé de faire son devoir d’élève ». Les enfants ont rarement envie que l’on aille jusque-là 😉.

Notre rôle de parent dans ce contexte consiste à nous rendre disponibles en cas de questions ou de problèmes sur des points précis et sur demande de l’enfant, car apprendre à demander de l’aide, c’ est important !

Liam, 10 ans, refuse de faire ses devoirs seul, il veut maman près de lui. Liam a bien compris que ce temps-là était précieux : maman n’est là que pour lui. Maman peut lui expliquer que ce temps en relative autonomie est nécessaire, qu’il brillera dans ses yeux et qu’ensuite, il pourra profiter de maman autour d’une activité partagée : jeu de société, recette de gâteau, regarder une série ensemble sur le canapé etc…

Faire des erreurs, se tromper et comprendre pourquoi, mettre en œuvre des solutions par soi-même, échouer et se relever, c’est grandir !

Faire des liens

Lire une règle du jeu, peser les ingrédients d’une recette…Et en dernier recours (car il faut bien reconnaître que certaines notions nous semblent parfois futiles) pensez que les devoirs permettent d’obtenir non pas une « tête bien pleine » mais « une tête bien faite ».

« ça ne sert à rien les maths… ». L’enfant a besoin de faire des liens entre ce qu’il apprend et ce qui lui sera utile, entre les apprentissages scolaires et le concret. Utilisez le quotidien et les loisirs pour montrer à l’enfant que ce qu’il apprend peut lui être très utile.

Even 7 ans, refusait d’apprendre à lire. C’est lorsqu’il a voulu jouer avec moi à un jeu de société qu’il s’est rendu compte que sans savoir lire il se privait de ce plaisir : il a accepté d’apprendre à partir de ce jour.

L’appétence à apprendre

Nous avons tendance à valoriser les réussites scolaires et à considérer comme banales les réussites du quotidien : couper seul sa viande, nouer ses lacets, savoir nager, acheter tout seul le pain…

Or, ce que l’enfant apprend au jour le jour est aussi important pour nourrir son goût de l’accomplissement.

« On ne donne pas à boire à un cheval qui n’a pas soif » : sans appétence à apprendre, nos enfants deviennent passifs et peu motivés face aux apprentissages.

Valorisons-les !

Nous pouvons également  instiller cette curiosité et cette appétence à apprendre en montrant à nos enfants nos propres plaisirs d’apprendre, notre curiosité à nous initier à une nouvelle langue, un nouvel art, en lisant, en apprenant à bricoler…

Après le confinement de mars 2021, de nombreux élèves se sont montrés beaucoup plus actifs dans leurs apprentissages à l’école. S’ils avaient perdu leurs repères de « savoir être élève » (se mettre en rang, ne pas interrompre l’enseignant etc..), ils se montraient davantage avides de savoirs.

Ces moments de devoirs scolaires, s’ils sont vécus majoritairement par les familles comme une charge et une contrainte, peuvent devenir un moment d’éducation et de transmission des valeurs à travers une exigence adaptée. A la maison, l’enfant n’est pas un élève, mais votre enfant. Il doit sentir votre intérêt non pas (que) pour ses notes, mais pour ce qu’il est et ce qu’il vit dans et en dehors de l’école : ce qui l’intéresse, les obstacles qu’il a surmontés, ses amis, ses joies, ses peines…

On sait que l’estime de soi est un élément qui permet de gagner en responsabilisation et en autonomie.  Car un enfant bien dans sa tête deviendra un individu épanoui, mieux armé pour affronter les aléas de la vie, capable de s’adapter au monde avec des capacités de savoir-être.

LD

Vous avez dit devoirs ?

Témoignage de Cécile, enseignante dans la Loire, qui nous explique comment elle accompagne les enfants dans leur responsabilisation et leurs devoirs d’élèves. 

Aborder la notion de « devoir » en classe dans le cadre d’un travail en éducation civique c’est vraiment partir à l’aventure !

En effet pour les élèves (et pour vous aussi j’en suis presque sûre…) le mot « devoir » évoque certainement l’inévitable page de lecture de CP, l’exercice incompréhensible ou ces satanées tables de multiplication à apprendre. En bref un devoir c’est un travail à faire à la maison !

Et bien pas forcément ! Là je veux parler de comportement, d’attitude à adopter en fonction des autres, des activités en classe ou dans la cour. Pas facile pour les élèves de comprendre de quoi je parle…La notion est tellement abstraite, alors je laisse ce mot prendre du sens progressivement.

Les élèves savent très bien qu’il y a des règles à respecter à l’école, beaucoup trop pour eux, ils se sentent enfermés, cherchent à les contourner. Alors plutôt que de m’épuiser à punir, je teste la pédagogie positive. Les élèves ne veulent pas se sentir obligés de faire quelque chose, mais ils sont très sensibles aux bonnes actions : ils aiment faire plaisir aux adultes qui les entourent.

Plutôt que de répéter « vous ne devez pas jeter les papiers par terre » je leur dis que j’aimerais beaucoup que la cour soit plus propre. Ils vont me répondre que ce n’est pas eux qui salissent (évidemment !) mais les élèves des autres classes. Alors on cherche ensemble comment améliorer les choses : faire des panneaux avec des smileys, passer dans les classes pour sensibiliser les élèves, nommer chaque semaine des « contrôleurs de la cour » qui vont surveiller ceux qui jettent leurs papiers par terre.

Ils vont alors naturellement faire très attention de ne pas salir puisque c’est leur projet ! Et voilà notre petit devoir bien accompli !

Cette technique fonctionne bien aussi dans la gestion des conflits : inutile de leur dire « il faut faire jouer tout le monde » ou « il ne faut pas se battre ». Mieux vaut leur lancer un défi : « je me demande s’il existe un jeu que toute la classe peut faire ensemble » Ils vont proposer des idées que l’on peut tester en EPS et qui seront réinvesties en récréation, du moins pendant quelques temps !

Il faudra renouveler souvent les discussions, trouver de nouvelles idées, les rendre responsables. Ils voient très bien les mauvais comportements des autres, rarement les leurs ! Ils se sentent parfaits ! Mais en rappelant les règles aux autres ils les assimilent aussi, ils prennent donc conscience de « leurs devoirs ». CFFD 

CC

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