accoparent2021 | Publié le |
Le processus de l'autonomie chez l'adolecent : un chamboule-tout relationnel
Chez vous ou chez moi ?
La corésidence longue jeune/parent est un fait sociétal, les causes et les conséquences feront l’objet d’un autre article. Partons dans cet article du postulat que l’adolescent a moins de 18 ans.
Le « chez-soi » de ce jeune comprend de fait 3 dimensions :
- « chez-moi » : ma chambre, mon territoire
- « chez mes parents » : règles établies par les parents
- « chez-nous » : lieux de vie et moments partagés en famille
Dans la première dimension, on relève les stratégies que le jeune adulte développe pour construire son « chez moi » : fermer sa porte de chambre, la décorer, la ranger et nettoyer (Hum !).
En disposant d’un espace lui appartenant, l’adolescent apprend à gérer un univers personnel, ses relations, les interdits et indirectement à se maîtriser lui-même.
Et pour construire son monde, on expérimente et négocie
Demander aux parents de frapper, fermer (voire claquer..) la porte pour leur signifier que l’espace est privé, retarder l’heure de rentrée à la maison… L’adolescent teste différentes stratégies face aux exigences parentales, expérimente des systèmes de séparation qui s’affinent au fur et à mesure des interactions et des négociations. Progressivement, il affirme ses idées comme pouvant se mesurer à celles de ses parents, s’individualise, devient l’auteur de ses choix et l’acteur de ses relations.
Les négociations sont importantes dans l’évolution personnelle et dans l’évolution des relations parents/enfant. Les adolescents sont les champions en la matière : ils sont tenaces (« ah si tu mettais autant de ténacité dans ton travail.. ! ») et apprennent à grignoter les limites imposées. A nous, parents, d’évoluer avec eux, en rediscutant régulièrement des limites objectivement nécessaires, à leur sécurité par exemple : les compromis sont vos amis !
Des relations qui s’horizontalisent
Ce ne sont pas les adolescents qui rendent la vie familiale difficile mais bien le «chamboule-tout» du système relationnel. Jusqu’alors, l’enfant et ses parents étaient dans une relation que nous appellerons plutôt « verticale ». Le parent est l’apprenant, il maîtrise l’environnement physique et financier, gère et impose plus ou moins les règles de vie.
Progressivement, les relations « s’horizontalisent » : elles deviennent davantage coopératives et l’adolescent peut être reconnu comme ayant une capacité de partenaire et d’apprenant. Car malgré nos efforts, ne deviennent-ils pas très vite plus performants que nous dans certains domaines ?
Dans cette modification des relations, les parents se heurtent aussi à eux-mêmes : leur place, leur « pouvoir » acquis après toutes ces années à tenir la barre, maintenir un cadre (chaleureux et bienveillant certes, mais un cadre), tout cela évolue.
Car, qui dit modification, dit lâcher prise, envisager des changements sans que s’effondre le monde. Bien des parents ont une forte résistance aux changements. Or l’adolescent, lui, est en phase avec le monde actuel : il sera l’adulte de demain et il doit s’y préparer, quoi qu’il vous en coûte.
Si les parents de l’adolescent acceptent que leurs relations se transforment, que leur rôle de parent évolue, l’éducateur et le protecteur laisseront peu à peu la place au « parent voyagiste » qui guide son enfant dans son voyage.
Prendre un enfant par la main…et puis savoir la lâcher
Voici une image qui nous parle : le rapprochement entre la période de l’adolescence et l’apprentissage de la marche. Lorsque notre enfant apprend à marcher, quels comportements avons-nous ? Nous lui lâchons la main progressivement, nous le consolons lorsqu’il tombe, nous le félicitons à chaque nouveau pas, nous l’encourageons à faire ses premiers pas vers le monde extérieur pour qu’il explore le monde !
Il devrait en être de même pour l’adolescent… accepter qu’il fasse ses propres expériences, même si cela doit le conduire à faire des erreurs et à vivre des échecs. Un renforcement positif des tentatives d’autonomisation de son enfant est nécessaire.
« L’esprit de l’autre » : une clé dans la compréhension parent/adolescent.
Lorsque je reçois des parents et des adolescents, les plaintes portent très souvent sur l’attitude de « l’autre ».
– « Hugo ne range pas sa chambre, il ne travaille pas, il n’aide pas à la maison »,
– « mes parents ne m’écoutent pas, ils se fâchent sans arrêt » etc…
On dit l’adolescent « nombrilique » (« miroir mon beau miroir…») mais qu’en est-il des parents ? Ne sont-ils pas rivés à leur propre perception sans tenir compte de ce que vit et ressent leur adolescent ?
L’adolescent est également peu enclin à comprendre ce que traversent ses parents. Il est centré lui-même, tentant de réguler toutes les émotions contraires qui l’assaillent, de s’adapter aux exigences de la vie familiale, sociale, scolaire, souvent inquiet pour son avenir. Il a donc peu de place pour imaginer les bouleversements (et la fatigue !) que cela implique aussi chez ses parents.
Confiance et sentiment de sécurité
L’autonomie peut effrayer l’adolescent qui manque de sentiment de sécurité émotionnelle. Prendre des initiatives, faire face aux responsabilités, explorer l’inconnu, quels défis ! Si la relation fusionnelle dont il avait tant besoin dans sa petite enfance ne s’est pas transformée, comment lui demander de s’ouvrir à l’inconnu qui le met en insécurité ?
Et ceci d’autant plus qu’il est sensible à la capacité de ses parents à aborder l’avenir avec confiance… Or, plus le parent sera anxieux, plus il lui sera difficile d’aider l’enfant à se projeter dans l’avenir. Et cette attitude, souvent inconsciente, va freiner l’autonomisation de son enfant.
Une évolution physiologique
Peut-être est-ce un processus évolutif. Si la capacité d’évaluer les risques et les conséquences était entièrement développée chez les adolescents, quitteraient-ils la sécurité du domicile familial pour explorer de nouveaux territoires ? Les « Tanguy » feront l’objet d’un autre article
Hormonalement, physiquement, cérébralement, les bouleversements sont majeurs. Par exemple, La zone du cerveau qui gère les émotions – le système limbique – se développe très vite alors que la zone qui régule le comportement et la capacité de prendre des décisions – le cortex préfrontal – mûrit plus tardivement. Ainsi, les adolescents peuvent être submergés par des émotions profondes et complexes sans pouvoir les comprendre ni les contrôler.
Bien qu’il s’en défende, notre ado a besoin de moments privilégiés partagés, où le parent n’est plus dans l’exigence mais dans l’écoute, l’explication et la compréhension. Il comprendra d’autant mieux vos attitudes si vous lui expliquez votre fonction de parent. « Tu veux ça et je te comprends, mais je suis parent et mon rôle de parent est de t’expliquer pourquoi ce n’est pas possible. » Cette phrase contient 2 informations à mon sens indissociables : 1. « je te comprends » qui montre l’empathie envers l’enfant qui exprime un besoin, 2. « mon rôle de parent », qui pose le cadre rassurant de votre fonction.
Rappelons-nous simplement que ce cadre doit évoluer progressivement.
Plus ces petits moments de complicité partagée seront réguliers, plus vous aurez de chance de vous comprendre l’un et l’autre. Combien de discussions essentielles, de secrets avoués, d’intimité confiée ont lieu dans le lieu clos de la voiture, dans la cuisine autour d’un café ou d’un plat à préparer…
Les parents aussi se métamorphosent
Le rôle parental de protecteur, bien que toujours nécessaire, se dissout peu à peu. C’est un équilibre bien fragile qui se joue là ! Le lâcher prise de part et d’autre permet l’établissement de relations de confiance.
Les peurs, les angoisses (certes bien compréhensibles), les identifications, le poids de la lignée des parents (ce qu’on appelle « la loyauté de clan ») doivent être mis de côté…On entre alors dans un cercle vertueux de construction de l’identité : le parent fait confiance, l’adolescent prend confiance en lui et s’autonomise, le parent observe avec fierté les changements chez son enfant, le félicite etc….
Finalement, accepter le chaos pour des relations différentes mais tellement riches !
LD
« L’individu, pour devenir lui-même, a besoin du regard de personnes à qui il accorde, lui aussi, de l’importance et du sens. »
